Le projet des Archives de Yann Paranthoën

© Michel Follorou

Un projet collaboratif :
. orchestré et mené par le Logelloù, Centre de création musicale
. coordonné par Bastien Lambert, créateur sonore et spécialiste de l’œuvre de Yann Paranthoën
. avec la complicité de Gwénola Paranthoën, fille de Yann
. avec la collaboration des Archives départementales des Côtes d’Armor
. avec la participation active de Claude Giovannetti, collaboratrice de Yann
. avec les conseils techniques de l’INA – Institut national de l’audiovisuel – au sujet de la conservation et de la numérisation
. parrainé par Antoine Chao, journaliste de Radio France

Yann Paranthoën, né en 1935 à l’Île-Grande et mort en 2005, a travaillé toute sa vie à Radio-France comme ingénieur du son et créateur sonore. Yann Paranthoën est le fils adoptif de Louis Le Goff, tailleur de pierre de l’Ile Grande, qui l’initia à l’écoute de la radio et notamment durant l’Occupation, avec Radio Londres, puis Radio Luxembourg. A 17 ans, Yann s’engage pour 5 ans comme radariste dans la marine. A l’issue de son service, il trouve un travail de « garçon de Prisunic » à Paris. Une cliente du supermarché originaire de son village le fait entrer, via sa patronne, à la RTF en 1957, là commence une carrière de 40 ans pour la maison Radio France. Rapidement, Yann se voit confier du matériel de prise de son, une émission, avec une grande liberté dans ses choix et manières de faire du collectage et des reportages. Yann Paranthoën devient ainsi le créateur du documentaire sonore radiophonique, identifié comme tel par le monde de la radio, mais aussi les artistes et les créateurs sonores. Il a réalisé de nombreuses émissions prenant pour décor son lieu de naissance, le Trégor ou plus généralement la Bretagne. 

Très méticuleux et conscient de l’importance du collectage et de la conservation des traces, il laisse derrière lui des copies d’émissions radiophoniques bien sûr, mais aussi de nombreux rushes et d’enregistrements non exploités. Ces bandes magnétiques représentent 9 m³ de palettes qui étaient entreposées pendant des années à l’INA.

La fille du preneur de son souhaitait voir rapatriées ces archives et a fait confiance au créateur sonore Bastien Lambert – spécialiste de l’œuvre de Yann – et au Logelloù, pour être dépositaires d’un projet d’ampleur sur le travail de son père. Les Archives départementales des Côtes d’Armor ont ensuite accepté d’accueillir le fonds Paranthoën dans ses collections privées, ce que le Logelloù a organisé en novembre 2023. Marion Bizien, responsable des fonds privés , sous la direction de Glwadys Longeard, coordonne le stockage et l’archivage de ce fonds. Les bandes rejoindront très prochainement les nouveaux espace de stockage des Archives, qui conservent une température de 14 degrés, idéale pour leur conservation dans le temps.

Le Logelloù a un rapport privilégié avec Yann Paranthoën. Philippe Ollivier a rencontré Yann à plusieurs reprises, a eu l’occasion de travailler avec lui et de nouer des liens forts. Lors de l’inauguration du Logelloù en 2015, la grande salle qui accueille les résidences et le public a été nommée « Salle Yann Paranthoën », 10 ans après sa mort. Le cœur du projet du Logelloù est de tisser des liens entre la création contemporaine et les musiques de tradition, entre le patrimoine (naturel, matériel, immatériel) et la création, ce projet y trouvera toute sa place et deviendra une indispensable fenêtre sonore ouverte sur le territoire. Développer ce projet en Trégor, terre de son, est une belle opportunité pour tous les Trégorrois. 

Une analyse est en cours sur le contenu exact et le nombre d’heures de rushes que contiennent les bandes magnétiques par Bastien Lambert et la collaboratrice de Yann, Claude Giovannetti, aux Archives. Ces rushes contiennent des collectages culturels, de l’histoire locale (sur des sujets comme la LPO, la Manifestation TGV à Plouaret, les Arts Sauts à Lannion, etc.), des prises de son qui montrent la permanence de la langue bretonne et tant d’autres sujets chers au preneur de son, comme les courses cyclistes et le fameux Paris-Roubaix.

Le Logelloù va entamer un long travail de numérisation à l’automne. Nous avons choisi d’utiliser un magnétophone haut de gamme conçu et fabriqué par une entreprise locale, Analog Audio Design (Pleumeur-Bodou), adhérent comme nous de l’association Trégor sonore, pour rester en circuit court. L’entreprise nous fera bénéficier de son savoir-faire et participera à la réflexion autour des protocoles de numérisation. 

Avec ces documents numérisés, le Logelloù proposera un ensemble de valorisations sur le territoire :

  • des écoutes pour le tout public
  • des conférences et des rencontres avec des témoins invités pour discuter autour des sujets choisis comme des habitants, des historiens, des élus ;
  • des ateliers d’écoute, de sensibilisation et de réalisation de podcast avec des élèves ;
  • des ateliers de sensibilisation à la création sonore, avant l’ère du numérique (quand il fallait couper les bandes à la main pour le montage) …

Si ces archives sont un patrimoine commun et destinées à être connues telles quelles du grand public, elles gagnent aussi à rester vivantes. Le Logelloù favorisera ainsi la création artistique en passant régulièrement commande à des compositeurs et compositrices, qui auront pour cahier des charges de créer une pièce avec ces archives nouvellement numérisées. Les commandes seront composées lors de temps longs de résidence, pendant lesquels l’artiste s’imprègnera du territoire, de son histoire, de ses paysages tout en favorisant la rencontre au fil du temps avec les habitants. 

En 2025 nous célébrerons les 20 ans de sa disparition ainsi que les 90 ans de sa naissance, ce sera l’occasion de réaliser un premier événement dont nous vous en dirons plus prochainement.

La numérisation va prendre du temps. Les bandes ne sont pas toutes dans le même état, la manipulation est délicate, et c’est sans compter la partie essentielle de documentation. Nous cherchons des moyens pour mener à bien le travail dans la durée !

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