Vies magnétiques – Dans les archives de Yann Paranthoën – Annabelle Brouard – 16/01/2026 au Logelloù
Commande d’une œuvre à la réalisatrice Annabelle Brouard.
Depuis presque un an, les archives de Yann Paranthoën, le tailleur de sons, sont minutieusement numérisées au Logelloù. Dix palettes, des centaines de cartons, un fonds de 7000 bandes magnétiques stockées jusqu’alors dans une pièce à l’abri des oreilles, et qui aujourd’hui sont exhumées.
J’ai cette chance inouïe de pouvoir ouvrir quelques cartons, laisser mes oreilles vagabonder, se faufiler à travers des sons inédits. Renouer avec une matière sonore, des voix, des histoires déposées ici et là il y a plus de 50 ans. Un trésor inestimable pour une amoureuse du son.
« Après la diffusion, la bande ne meurt pas.
Elle participe d’une démarche qui n’est jamais finie »
Propos d’un tailleur de sons – Yann Paranthoën
Quand le Logelloù m’a proposé de réfléchir à une pièce sonore à partir de ses archives, j’ai longuement hésité. Les œuvres de Yann Paranthoën m’ont toujours accompagnée, il fait partie de mes re-pères radiophoniques. Une soixantaine d’émissions qui ont forgé mon écoute, ma pratique et mon imaginaire sonore.
Habituellement, on n’a jamais accès aux enregistrements bruts, aux « rushes ». Et pourquoi faire entendre des sons que lui-même n’a pas choisi pour ses émissions, n’a pas monté, mixé dans le langage radiophonique qu’il s’était crée.
Et puis j’ai poussé la porte des Archives Départementales des Côtes d’Armor, posé mes oreilles sur une série d’entretiens réalisés avec des Iles Grandaises entre 1979 et 1990. Enez Veur – Ce bout de terre à côté duquel j’ai grandi. Un paysage pourtant parcouru des dizaines de fois que je n’ai jamais vraiment entendu.
« Tous les ans tu es entrain d’enregistrer Jean »
Extrait du Temps des Seigneurs de Yann Paranthoën – 1985.
Vies Magnétiques propose de tenter une plongée dans l’archéologie sonore d’une pratique, d’arpenter ce furieux désir de faire trace, d’enregistrer et enregistrer encore, le jour, la nuit, le week-end au petit matin l’été l’hiver, sur la grève, dans les rues, dans les sentiers, dans une gare, dans une cuisine, 4 ans 10 ans après, comme des strates qui constituent le terreau de sa mémoire.
Écouter la persistance et la profusion qui s’imprègne jusque dans le corps « pour préserver des lambeaux de vie » comme disait Claude Giovannetti, la complice de Yann Paranthoën.
Il y a des récits qui peuplent les maisons et qui ne demandent qu’à être entendus.
Les mains qui replacent la tasse de café refroidi
L’horloge qui emplit le vide
Éviter que tout ne s’efface
Et raconter la vie dure.
Lucie, Jeanne, Ambroisine, Yvonne, Celina, Marie, Denise, Virginie, Anne Marie, Maria.
Graver les sillons des vies d’avant pour ne pas oublier.
Alors que ces femmes ont l’impression que leur histoire n’a pas d’intérêt car « marins ou tailleurs de pierre les vrais travailleurs ce sont les hommes » comment leurs voix se déposent sur la bande magnétique pour nous parvenir ?
Dans ces heures d’enregistrements on entend les mémoires qui se brouillent et les silences parfois immenses. Comment se tisse « le moment », la relation avec celles chez qui il entre micro à la main , enregistreur Nagra en bandoulière quand la transmission a été rompue ou empêchée.
Dans mon parcours radiophonique, ce qui m’anime profondément c’est le désir de faire entendre des voix dans leurs doutes, leurs hésitations. De saisir la pensée en construction – qui dit ou tente de dire. Tout ce qui s’écrit entre les mots et qui dans ses enregistrements inédits affleurent si sensiblement.
Vies Magnétiques est une radio-performance qui propose d’expérimenter collectivement l’écoute pour faire résonner en écho les époques.
Sur scène, un micro et un dispositif sonore, qui permettent de faire surgir les archives de Yann Paranthoën.
Annabelle Brouard
Le rapatriement des bandes magnétiques depuis l’INA jusqu’aux Archives Départementales de St-Brieuc en 2023, ainsi que la numérisation et la valorisation des bandes magnétiques par le Logelloù entamées en 2024, sont un projet d’envergure et de longue haleine rendu possible par Gwénola Paranthoën, fille de Yann, par le créateur et réalisateur sonore Bastien Lambert, en collaboration avec l’INA et nos premiers partenaires financiers (Europe fonds FEADER, DRAC Bretagne, Département des Côtes d’Armor).
Nous avions dès le début pour projet de passer commande à des artistes, des compositeur.trice.s, des femmes et des hommes de radio pour créer des œuvres qui puisent leur source dans les rushes numérisés au Logelloù. Cela pose nombre de questions d’ordre déontologique, artistique, historique. Nous avons décidé de confier cette première commande à Annabelle, qui est à la fois une réalisatrice de documentaires et de podcasts, une amoureuse de la radio et une personnalité locale puisqu’elle a grandi à Trébeurden où elle revient régulièrement.
Au Logelloù le 16/01/2026 20h30 dans le cadre d’un temps fort radio (voir le programme complet ici), suivi d’une rencontre.
Réservation conseillée – reservation@logellou.com / 07 81 47 88 15 / 8-10€.



